LES PASSEURS DE MÉMOIRE DU PAYS DE DURAS: 1er ÉPISODE, « QUE SUBTILS SONT LES ENTÊTEMENTS AMOUREUX » PAR RENÉ BLANC


René Blanc : Que subtils sont les entêtements amoureux ! 

Au plus noir des années 1943-1944, je vivais au hasard dans les bois comme font les sauvages, quand le hasard me fit découvrir dans un cul de vallon perdu dans les cabosses de terrain du haut Marmandais, une maison entourée d’un verger, dont le propriétaire cherchait un tailleur d’arbres fruitiers. Possédant ces connaissances, je fus admis par ce dernier, heureux d’avoir un journalier sans solde.

Vivaient en sa maison, deux fruits de ses amours, filles à vive allure et sourire câlin, mignonettes bien sûr, pour tout enjoliver… La seconde qu’on prénommait Jackie Z, respectons l’anonymat, possédait tout juste ses 15 ans, fillette devenant jeune femme et par là amoureuse. Et le malheur voulut qu’elle le fût de moi, premier naïf venu auprès de mes vingt ans.

Certes, il n’est point désagréable de voir de jolis yeux vous caresser les vôtres, et un soir, être gentiment agressé par un corps échauffé de désir. Que diable c’est ? 

Je connaissais déjà, et ce de bien bonne heure, une autre fille brune, qui travaillaient nos terres, qui m’aimait, que j’aimais, nous promettant aux fins de ces horribles années, d’être unis par les liens sacrés du mariage. Alors cette gamine, aux quinze ans agressifs et hardis, qui se jetait dans la vie sans en connaître les dangereux obstacles, ne pouvait que m’inciter à fuir. Oui, je sais, d’autres auraient profité de l’aubaine, déflorer, jouer et s’enfuir ….Honnête j’étais et crèverai de même ! Par une nuit sans lune, j’enfourchais mon vélo et fonçais dans le noir, avalant d’un trait trente bons kilomètres. Adieu à toujours, chaude petite Jackie. 

Au cœur d’une forêt, dormait une très vieille ferme au fronton de laquelle était gravée une année du 18ème, avec autour de nombreux rangs de vigne et de beaux pruniers d’Ente. Les mois vont passer, avec leurs arrestations, et d’affreuses boucheries criminelles  qui ne répandront que du sang. C’était au cœur d’un automne doucet, bien après les vendanges, et taillant déjà ces fameux pruniers d’Ente, que je vis apparaître chevauchant un vélo, rieuse et « friscalette »,  cette diablesse de Jackie ! 

-« Comment as-tu su que j’étais dans cette vieille ferme ? »

-« Mon petit doigt m’a tout dit ! » 

-«  Pourquoi as-tu fait plus de trente kilomètres au risque d’avoir des déboires de long de la route ? »

-« Simplement pour te voir ! Tu sais, je ne t’ai pas oublié et je pense que je ne t’oublierai jamais ! »

« -Mais bon sang ! Je ne suis ni un Don Juan, ni un Adonis, tu ne vois qu’en moi, qu’un bien modeste bonhomme »

-« Oui, mais c’est toi et c’est toi que je veux » !

Elle passa la journée près de moi, bavardant comme font les gamines et semblant très heureuse d’être à mes côtés. Vers les quatre  heures de l’après midi, je lui fis comprendre gentiment, qu’il était l’heure de reprendre son vélo, pour entrer chez elle avant la nuit. La réponse qui suivit me fit dresser les cheveux, soulevant mon béret : 

-« Non je ne partirai pas, parce que je veux coucher avec toi ! » 

Ce fût terrible. 

-Non, tu vas aller ! Je t’ai dit que j’aimais une fille qui demain, si la mitraille ne me perce pas la peau sera mon épouse, j’aurai des enfants avec elle. Tu es certes une fille gentille, mais tu es trop jeune et je ne t’aime pas ». 

La voilà qui s’effondre, tombe sur le chemin débordante de larmes, et secouée de sanglots. Je la relève, mais elle s’accroche violemment à mon corps. 

-« C’est toi que je veux ». 

Je redresse son vélo la pose dessus, et la pousse vers la pente. Va et ne reviens plus. Je ne la revis plus. 

Cette honteuse guerre enfin bien terminée, fit que j’épousais celle qui m’avait attendu et que deux enfants aimés comblèrent notre joie. Vingt ans vont passer comme d’un coup de vent….. 

Fin de la première partie. 

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