J.A.C ET RUGBY À 13: TEXTE LUCIEN CHOLLET


Les JAC (Jeunesse Agricole Chrétienne) par Lucien Chollet 

Durant les années de guerre, l’angoisse et le découragement provoquèrent un réveil de la foi chrétienne qui fit retrouver le chemin de l’église à ceux qui depuis longtemps, l’avaient abandonné. 

Les JAC déjà créés dans les villages virent aussitôt grossir leurs rangs. Il ne s’agissait pas bien sur d’une explosion de la foi concernant l’ensemble des jeunes. C’était le désir de se serrer les coudes pour retrouver dans ce climat étouffant propice au désespoir une bouffée de chaleur humaine et revivifiante.

Il faut rendre hommage à tous les animateurs de la JAC, responsables et aumôniers qui se sont efforcés de proposer à tous ces jeunes un idéal de foi, de solidarité, de concorde. Par bonheur, les élans enthousiastes de jadis, ont eu jusqu’à maintenant leurs prolongements aux services du monde rural. Quelques uns de ces ardents ont été des pionniers, au titre de l’impulsion qu’ils ont donnée aux groupements agricoles d’ordre économique ou social et de l’esprit qu’ils ont insufflé.

Cependant hélas, pendant ce sinistre épisode guerrier, la JAC n’a pas échappé à la forte tendance paysanne à se replier sur elle-même. Il nous était fermement déconseillé de communiquer avec les groupes de jeunes de sensibilités différentes et suspectés d’hostilité au fait religieux. Chacun de chaque côté de la barrière, organisait son spectacle ou sa kermesse sans y inviter celui d’en face, considéré comme un adversaire. 

On était arrivé à un esprit de caste qui se heurtait au principe Chrétien de la main tendue. Cette attitude était en partie la conséquence du climat de haine farouche instauré par la folie guerrière de cette sinistre époque qui aiguisait les nerfs et conduisait à dresser les gens les unes contre les autres. 

Les nouvelles structures agricoles à caractère associatif manifestèrent leur volonté d’apaisement en invitant les hommes de convictions différentes à s’unir pour partager les responsabilités de ces rassemblements. Les jeunes de la JAC apportèrent un souffle nouveau dont les effets positifs furent vite reconnus 

L’Esprit du sport  

Cet esprit de groupes, toutes philosophies confondues c’est dans l’exercice du sport que je l’ai découvert en 1945. Invités mon frère Etienne et moi à figurer dans l’équipe Duras XIII, lui comme ¾ aile et moi avant 2ème ligne, nous y avons été accueillis à bras ouverts. Nous avons été abasourdis par la chaleur de ces premiers contacts avec des gens jusque là rarement côtoyés. 

Le match de rugby du dimanche était l’événement qui alimentait les conversations de la semaine. Les séances d’entraînement n’existaient pas. On faisait confiance aux joueurs sur le choix de leur préparation physique et sur la manière de dominer l’adversaire dans toutes les phases du jeu.  Une seule chose comptait : la victoire 

La joie de jouer ensemble faisait fi de tout ce qui manquait à notre confort. L’absence de locaux sanitaires nous privait de douches d’après match et nous obligeait à rentrer chez nous maculés de terre et des plaques de bouses de vaches de la prairie de Beauvallon, pompeusement baptisée «  stade ». Les déplacements se firent d’abord sur des bancs de bois installés dans la bétaillère de Paul Micheleau, dont on sortait imprégnés d’une forte odeur d’étable et les reins meurtris au moment d’entrer sur le stade. 

Les retours victorieux résonnaient de rires et de chansons. L’arrivée à Duras le soir d’une défaite se faisait dans un silence consterné. Mais la tristesse provoquée par les revers, laissait vite place à l’espoir de revanche le dimanche suivant. La brutale disparition de mon frère Etienne dont la pointe de vitesse faisait merveille sur les stades fut douloureusement  ressentie par tout un public qui appréciait son talent et sa gentillesse. Pour la famille ce fut un déchirement et pour moi-même après trois  ans de présence à Duras XIII, il ne fut plus question de rechausser les crampons. 

Apprendre à connaître les hommes et travailler avec eux pour leur communiquer l’esprit de groupe, a toujours été la substance de mon message. Un modeste élu local (sic) ne peut-il pas trouver à travers cette ligne de conduite les raisons de la longue durée de son parcours ?      

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