LES PASSEURS DE MÉMOIRE DU PAYS DE DURAS: GARBABAOUDE ET PAMPAILLOU PAR RENÉ BLANC


René Blanc : Coutumes et traditions locales : La garbabaoude et le pampaillou

Et oui ! La garbabaoude que suivait toujours le pampaillou, est tout simplement la fête de la gerbe…. Quand elles étaient toutes  empilées sur les charrettes, «  lou Moussu » (Le Monsieur et gros propriétaire) apparaissait comme par enchantement et selon la coutume, devait hisser au bout d’une fourche, l’ultime gerbe au haut du véhicule. 

Seulement et pour rire, l’affaire était pleine de couillonnades ! 

Le Monsieur prenait son élan en tanguant sous le poids et «  Ho Hisse » : Mais va te faire la blague, la gerbe se trouvait liée par une ficelle à un pieu fiché en terre, si bien que perdant l’équilibre le dit Monsieur  s’étalait sur le sol en recevant la gerbe sur la tête ! Une autre fois, c’était une grosse pierre qui alourdissait, ou un serpent tué au préalable  qui glissait lentement sur la paille et qui le faisait fuir apeuré. Bref, un tas de babioles qui faisaient rire aux éclats ce bon monde de « métiviers » tant hommes que femmes. Et Monsieur de rire plus fort puisque le blé était sa fortune… 

Après le battage des gerbes et le pailler fait, notre Monsieur offrait à ses travailleurs un grand repas appelé pampaillou. On ne s’ennuyait pas, tant il y avait de mangeailles, de buvailles et de rires. Ensuite, les «  cantaïres » poussaient des chansons friponnes comme « Lou curé de Milan », puis les « disaïres » que connaissait Maistre Verdier par cœur, poésies emplies de gauloiseries et de gaillardes paillardises, ou il était fait allusion aux «  frotadous intimes » sans jamais en parler ! L’affaire finement dite dans notre patois devenait légère, coquinette, effervescente, aguichante et «  troussillarde » . Ah ! Monsieur et de rire à en passer sous la table ! 

Rarement venait le curé, mais plus souvent son vicaire, homme jeune et plein d’allant. Sur le tard arrivait le «  violounaïre » petit homme, qu’un dé à coudre d’esprit de vin mettait en joie pour la soirée. Juché sur un baril, il « rigassait » sur son violon les airs sautillants de « Mène la gorette au fond du pré » ou la boumbe de Seen-BÎnceen, rythmant un branle effréné. Et l’on dansait et l’on dansait ! 

Monsieur qui était enivré dormait la tête dans le pailler. Madame, la tête vaporeuse des dires égrillards et de deux doigts d’esprit de pruneau, était rosissante  d’euphorie. Le métayer compréhensif lui conseillait : « Dame, allez donc dormir dans la chambre des drolles » ! Et la dite Dame de répondre en patois cette phrase intraduisible en français : « Merci, brabe home, baou na su lou fénie, et n’ayé pas pooû, lou bicaïre beillera su you ! »

Et ne jouons pas sur la valeur des mots ! 

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