LES PASSEURS DE MÉMOIRE DU PAYS DE DURAS: LE LAC DE St SERNIN PAR RENÉ BLANC


René Blanc : Le complexe touristique du lac de St Sernin 

Un beau matin de l’an 1974, ce «  campestre », comme disent nos vieux, reçut la visite d’un tas de Messieurs en cravate qui parlaient  avec de longs et vastes gestes qu’ils jetaient en tous sens, comme font les gens frappés de déraison. Tenez-vous bien, ils décidèrent d’implanter en ce lieu un vaste plan d’eau à vocation touristique. Rien que ça Monsieur !

Monsieur Elie Vergniol, maire de la commune de St Sernin, descendant d’une ancienne famille de gens à caractère et au cerveau bien casé en avait eu un jour l’idée, mais qui sur l’abord, parut à tous, farfelue ! Figurez-vous que notre maire avait assisté à une réunion que présidait Mr Villepigue ingénieur du Génie Rural. Ce prodigue personnage offrait 100 millions d’anciens francs… «  en subventions de 40 à 60% selon les projets accompagnés, sans autofinancement , de prêts à longue durée ( 10 à 20 ans selon les objets) à taux d’environ 5% » à des maires qui désireraient sortir leur commune du sommeil léthargique dans lequel les plongent les époustouflantes transformations de notre économie rurale ( Merci Mr Vergniol d’avoir précisé).

Cette somme venait du Fonds d’Aménagement  Rural, et Mr Elie Vergniol précise de nouveau : « Le Ministère de l’Agriculture possède une enveloppe réservée à des opérations d’impact de plusieurs actions sur un lieu précis par opposition aux opérations de « saupoudrage ».

Lucien Chollet, maire de Duras pensa au château, déjà bien subventionné. Elie Vergniol pensa lui, au sommeil de sa commune et aux bienfaits des 100 millions ! De plus et troisième précision, il disposait de 50 hectares « fruit disponible de l’opération concertée IVD, SAFER, remembrement ».

Lucien Chollet, comprit. Elie Vergniol agit. Ainsi naquit le projet d’un plan d’eau à vocation touristique sur la commune de St Sernin. Mais  ce que l’affaire fit couler comme eau de roche est impensable ! Sans contradiction, la vie n’a pas de charme. Il y eut les pour, il y eut les contre, ceux qui voulaient pendre ce petit Vergniol (textuel), ceux qui s’allongèrent devant les bulldozers pour faire arrêter les travaux. Et allez donc ! 

Il me plaît de vous citer de pires cas. Lakanal en 1793 ne put canaliser le Dropt, sans risque de morts en plus, parce qu’on n’a jamais réussi à faire payer les riches. Des coups de fusils claquèrent le long du tracé de la ligne de chemin de fer Bordeaux-Eymet. Pourquoi les routes de notre terroir sont si torses ? Parce qu’il y avait le vignoble de Pierre, le verger de Jacques, ou la prairie de Guillaume ! C’est beau l’égoïsme ! Et la ligne à très haute tension, quel courant a-t-elle fourni au préalable ! Et bien, Elie Vergniol est bien vivant, le plan d’eau existe aujourd’hui, vit bellement et tous ces braves gens ont oublié leurs humeurs sautillantes. 

Ainsi donc, ce vallon de la Lègue, petit ruisseau de rien, fruit du suintement d’une large assiette de terre et de bois, fut barré en son fond, à coups de bulldozers rageurs. Au fil de quelques mois, l’eau vint suçoter la digue, en enflant le plan d’eau. A ne pas y croire ! Ainsi 45 hectares de vallons ignorés, se transformèrent en un coup de baguette magique en un lieu de plaisir : vallon encaissé serti de chênes verts, voilant des roches blanches qui forment des à-pics. A leurs pieds, s’étalent les eaux vertes d’un lac artificiel couvrant ses 10 hectares. Sur ses bords, sous de larges chapeaux, de vieux messieurs y pêchent, des jeunes essayent de quiller la voile d’un planche. Les plus sages s’en vont en pédalos, au rythme des canards, tandis que des hardis pataugeant, inquiètent le maître nageur, bronzé comme un grillon. Plus loin, sur des faux-plats où l’herbe est rêche et dure, on joue à la pétanque près d’une aire de jeux pour enfants raisonnables ! Au fond de vertes frondaisons se cache un camping deux étoiles avec 52 emplacements. Et puis au rythme des pendules anciennes et inlassablement au long de la saison, vont sages et calmes, les chevaux d’une station équestre. 

Nos créateurs guéris de la naïveté savaient que l’exercice dans cet air vivifiant, ces plongeons et la nage, la culbute des planches à voile, l’écrasante chaleur sous le chapeau de paille du pêcheur, creusent les estomacs  et vous ouvrent la soif ! Ah la belle buvette intarissable et le snack restaurant bien de chez nous, qu’ils ont placé au centre du complexe. Il arrive aux insatiables de la vie, de s’asseoir à l’ombre des grands chênes près de la plage de sable fin et d’admirer ce grouillement  fait d’enfants vifs et gais, d’hommes aux allures altières et au ventre bombé, signe de bonnes mœurs, des couples enlacés qui passent éthérés se croyant seuls au monde, des filles  aux seins nus, merveilles que la nature a trop parcimonieusement offertes.. Il y a aussi ces vieilles choses adorables mais critiques, qui poussent du menton en disant «  Heu ! de notre temps ! »

Bref, la récompense du fruit de cette idée première et de ce labeur critiqué est le grand succès que connaît cet ensemble touristique avec ses 90 000 entrées et ses 10 000 nuitées de camping. Il fait la joie des touristes et la compréhension des résidents. Il nous faut toutefois, saluer les gens de St Sernin, tant vieux que jeunes, regroupés dans diverses associations actives qui font des efforts considérables pour que les rouages de cette machinerie complexe et hardie fonctionnent correctement pour le bien-être et la joie de tous.     

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