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LES PASSEURS DE MÉMOIRE DU PAYS DE DURAS: TUILERIES ET TUILIERS DES CANTONS DE DURAS ET MONSÉGUR. COMMENTAIRES D’ARLETTE BOUDEY-BONNEFOND


Tuileries et tuiliers des cantons de Duras (47) et Monségur (33)

Commentaires d’Arlette Boudey – Bonnefond

Les tuileries familiales fixées jadis dans plusieurs communes des cantons de Duras et Monségur autour du filon d’argile et de sable fin de l’Entre-deux-mers ont disparu progressivement à la suite de la concurrence d’entreprises industrielles. Celles qui demeurent se sont adaptées à la demande de produits surtout destinés à la restauration du patrimoine local : tuiles canal, tomettes, navettes, carreaux de Gironde. La production de ces tuileries rurales est saisonnière et fonction des  écarts de la température extérieure. En période hivernale, le tuilier est aussi par tradition parfois agriculteur.

 Une tuilerie est un hangar en bois composé d’énormes poutres basses et ouvert de tous côtés avec de grandes baies amovibles en fonction des intempéries De l’habileté du tuilier, à doser le mouillage de l’argile pour obtenir une pâte homogène, à régler la cadence de la presse, de la mouleuse ou de la filière, à poser les produits frais  sans déformation pour le séchage, et à entreposer correctement les produits pré-séchés à l’air, dépend la réussite de la fournée. Il entre aussi dans la compétence du tuilier la fabrication de la chaux nécessaire au traitement du vignoble à partir de pierres issues des carrières de Taminage, (Ent. Penot et Roccon de Duras).

 Le four très ancien de  type romain utilisé est chauffé au bois avec des fagots, des ceps et sarments de vignes ou des relèves de bois. Lorsque le four garni de produits secs est fermé hermétiquement, le foyer ou « gueulard » ou « canon » placé en dessous est allumé et amené lentement à 180° (parachèvement de la dessication) puis progressivement à 1050° entre le 3éme et 5ème jour. 

 Ce foyer est  surveillé jour et nuit, la moindre surchauffe peut entrainer le » coulage » (perte des produits) et le refroidissement demandera autant de temps que la cuisson. La réaction de l’argile à la chaleur et aux conditions de cuisson est variable selon sa teneur en oxydes métalliques (fer, titane, silicates d’aluminium….) et donne aux produits une couleur allant de rose pâle au rouge soutenu. On retrouve aujourd’hui ces nuances dans la fabrication manuelle des carreaux de Gironde encore pratiquée et qui demande notamment des ouvriers expérimentés, résistants à un travail pénible à genou durant de longues heures. 

La mécanisation progressive des petites entreprises rurales a réduit la durée de chaque phase de la fabrication….Les tableaux de programmation  des fours chauffés au gaz ou au fuel ont libéré le tuilier de la surveillance permanente du foyer et de la manipulation à l’entrée et à la sortie des produits.

La situation des tuileries artisanales a, sauf exception peu évoluée depuis 1895 ; la dernière tuilerie de Monségur à l’Escale a fermé ses portes en 1960, elle était confiée à un gérant Garrigues. Auparavant la plus ancienne tuilerie poterie à l’entrée ouest du village a fermé vers 1920. Le bâti important de son four en pierre de 1843 épouse tout le dénivelé de la côte du Miquelet (signalée à 11% à l’époque). On trouve ensuite à Monségur les tuileries Cruon Aîné, Petiteau, à Mesterrieux, Castenet et Meyran, au Puy Pénicaud, à Duras Gauban, à Baleyssagues Dubreuilh père et fils, à Dieulivol un tuilier dont la production importante de tuyaux en terre cuite a permis l’assainissement des terrains de la vallée du dropt, (1), à St Astier de Duras une longue lignée exceptionnelle de tuiliers talentueux, Pralong et fils exploite toujours  le site depuis plus de deux cents ans.

Enfin, à Baleyssagues la tuilerie Bonnefond a repris en 1945 la tuilerie Dubreuilh après mécanisation totale de la chaîne de production et fermé ses portes en 1980.

(1)Fabien Guerre (1814-1899), Benoît Pénicaud « Un petit notable sous le second Empire », édition B.Pénicaud, 2012

(2) Tuileries et tuiliers du Lot et Garonne, éditions MJC, maison de la vie rurale Monflanquin 1997, don de la tuilerie de Baleyssagues

Crédits photographiques : Michel Bonnefond, Monségur

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