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LES PASSEURS DE MÉMOIRE DU PAYS DE DURAS: ENTRÉE DU PREMIER TRAIN EN GARE DE DURAS. TEXTE RENÉ BLANC


Entrée du premier train en gare de Duras

C’était au printemps de l’an 1899. Pour voir passer ce premier train, les gens de notre bonne ville dévalèrent le coteau,  nerveux  et impatients de voir enfin ce monstre de fer, tandis que nos « vieillots » s’agglutinaient sur les restes des remparts du château. Beaucoup de monde donc en cette gare pimpante fleurant le crépi neuf ! Voir un train pour la première fois, ce fut un évènement.

Monsieur Chavassier, maire et son conseil municipal, trônaient sur l’angle élevé d’un quai pour mieux être remarqués. Le chef de gare, seigneur du lieu, actif comme la mouche du coche, montrait à tous, cet orgueil insipide qu’offrent certaines gens qui se sentent admirés. 

Enfin, la- bas, dans le fond de la belle vallée apparut notre train, bête noire, crachant sa fumée grise mêlée à des giclées de vapeur blanche, puis il entra en gare, avec des chuintements vifs et couinements de freins. A peine à l’arrêt, les wagons vomirent  des tas de gens pressés, tandis que d’autres, tête baissée, fonçaient pour pénétrer dans un compartiment dans une violente indiscipline, où se mêlaient horions et autre vives gifles. Pour la première fois que l’on prenait le train, pour aller jusqu’à Auriac et goûter le plaisir ! 

Le chef de gare, d’un coup de sifflet vif, ordonna le départ. Sur la locomotive, deux hommes noirs comme des tartans, obéirent et le convoi sous la poussée puissante de la vapeur, s’ébranla sous les vivats et autres mouchoirs qu’on agitait. Monsieur le maire avait les larmes aux yeux, et tout son conseil pleurait. Il s’adressa à la foule dans un discours mémorable : 

« Chers amis, chers concitoyens. Voici enfin notre terroir, ce pays de Duras aux champs de la fortune. Jour unique et glorieux, nous allons être liés commercialement à tout le monde entier. Portes ouvertes pour nos fortunes, grâce à l’écoulement vers Bordeaux, ce port qui fut jaloux de nos richesses, de nos vins supérieurs, notre blé, nos bétails à la viande charnue, nos pruneaux uniques en ce monde ! Nous devons ce bel avenir au chemin de fer, invention géniale qui a su dompter la puissance de la vapeur et de la mettre au service des collectivités. Chemins de fer, que nos ascendants utiliseront encore dans mille  ans et certainement plus. Avec le chemin de fer, nous sommes au sommet du progrès technique. L’intelligence de l’homme nous éblouit, et nous subjugue, mais elle a ses limites. Et en tant que philosophe à esprit rationnel je me demande ce que l’on pourra inventer de plus ! » 

Mais le discours s’arrêta là, car l’on venait de s’apercevoir que le convoi semblait bloqué à quelques huit cents mètres de là, et ne voulait pas continuer, malgré tous les efforts de la locomotive.

Ce grave ennui était le fruit de l’égoïsme de Mr Roumanet qui n‘avait pas voulu céder son terrain, ce qui obligea l’ingénieur à utiliser un terrain pentu qui ne permettait pas aux machines légères de tracter un train surchargé. Alors le chef de train et ses aides se mirent à crier : 

« Tous les hommes descendent pour pousser les wagons ! Ce fait est véridique et les hommes ahanant et poussant firent franchir le dos d’âne à ce convoi.

Ensuite ce fut le rêve : Des vaches qui sautent en s’enfuyant, des arbres qui défilent, des paysans qui lèvent leur chapeau faisant signe de croix, ces hameaux qui surgissent et s’estompent. Cinquante kilomètres heures, une folie ! Si les rustiques de l’époque béaient d’admiration devant ces machines  qui couraient plus vite que les chevaux, les blasés ce des temps, les paysans au cerveau nanti de connaissances, raisonnaient de travers, comme les devins de foire.  

Par un très bon matin et attendant le train de cinq heures le transportant à Bordeaux, Monsieur Roumanet, discutait fort aimablement avec le chef de gare, tout heureux. L’un et l’autre vantait les mérites du chemin de fer, la sécurité, le confort surtout pour les voyageurs de première classe aux wagons douillettement équipés. 

« Rien, ne remplacera cette invention de génie » s’exaltait Mr Roumanet ! 

René Blanc (anecdote rapportée par la mère de l’auteur qui assista à l’événement)   

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