06 14 42 52 66

contact@objectifduras.com

LES PASSEURS DE MÉMOIRE DU PAYS DE DURAS: MAURICE DUBOIS VICTIME DE LA BARBARIE NAZIE


Maurice Dubois : Malheureuse victime de la barbarie nazie 

Maurice Dubois était né le 14 juin 1912. L’enfant du pays  exerça le métier  de forgeron. A 21 ans, il est affecté au 121ème régiment d’infanterie Agen  à compter du 15 octobre 1933, où il fut soldat de 2ème classe. Il est renvoyé dans ses foyers le 6 octobre 1934. 

Il entre en résistance : Les documents officiels font état de son appartenance au réseau Hilaire Buckmaster depuis le 1er mars 1943, homologué à titre posthume le 18 décembre 1950 avec le grade de sous-lieutenant. L’acharnement avec lequel il fut traqué par l’occupant et ses « complices français, démontre combien Maurice Dubois jouait un rôle important dans la Résistance locale. Selon certains résistants, il aurait été chargé de constituer à Monségur la 2ème Compagnie du Bataillon F.T.P de Duras. Il fut arrêté par les Allemands  le 9 février 1944 à son domicile de Duras ( voir les écrits de Jeanine Brisseau) . Selon le quotidien La France Libre Sud-Ouest du 27 septembre, il avait échappé auparavant à cinq tentatives d’arrestation. Ce 9 février 1944, il fut pris en sautant par la fenêtre de son domicile, se blessa et tenta de s’enfuir vers le château. Il fut condamné à mort et exécuté à la prison St Michel de Toulouse le 8 avril 1944. 

Le matin de sa mort, alors qu’il sait qu’il est condamné, il écrit une lettre poignante à son frère André qui témoigne d’une sérénité, d’une maîtrise de soi,  extraordinaires. «  Je reste français »  (Voir ci-joint le texte photocopié de la lettre manuscrite). 

Le samedi 16 septembre, la population du canton accompagnait à sa dernière demeure, les deux enfants du pays : Maurice Dubois 32 ans, et Jean Brisseau , 34 ans, père de trois enfants. Les obsèques ont donné lieu à une manifestation telle que le village n’en n’avait jamais connu ! Une foule importante et fortement émue s’est recueillie pour leur rendre hommage. 

Maurice Dubois a été décoré à titre posthume  au grade de Chevalier National de la Légion d’ Honneur et publié au JO du 7 octobre 1959 ainsi que de la Médaille de la Résistance en date du 30 septembre 1959.

DBlanc 

Le droit de connaître…….

Qui étaient, Léopold CHAVASSIER, Paul PERSIL et autres consorts dont les noms baptisent nos rues? A cette interrogation, on peut d’ores et déjà affirmer qu’il s’agissait de Duraquois. En effet, les dénominations de nos espaces publics, quand elles font appel à un nom propre, se réfèrent systématiquement à un personnage issu ou ayant vécu à DURAS. Pour celles et ceux qui souhaiteraient mieux connaître ces illustres citoyens, le comité de rédaction vous propose une visite guidée de la mémoire collective. Dans cette édition nous évoquerons l’histoire de Jean BRISSEAU (boulevard), Maurice DUBOIS (avenue) et François LAGUERRE (impasse). L’an passé, nous avions osé un article à leur sujet intitulé « Devoir de mémoire ». Dans ce numéro, nous proposons un texte écrit par la fille de Jean BRISSEAU; nous l’éditions dans son intégralité pour bien situer leur action dans le contexte de l’époque mais aussi rendre hommage aux autres soldats de l’ombre des réseaux voisins qui ont subi la même fin tragique.

Re-publication d’un article du 8 avril 2009:

65ème anniversaire de l’exécution, à la prison Saint Michel de Toulouse de trois résistants de Duras: Jean Brisseau, Maurice Dubois et Jean Laguerre dont un boulevard et 2 avenues commémorent le sacrifice. Tous sont portés membres du SOE (Spécial Opération Exécutive), organisme de service secret britannique, complètement autonome crée dès 1940 par le premier ministre Winston Churchill, pour organiser des opérations subversives dans la France occupée et qui assurera la plus grande partie des parachutages d’armes et de matériel radio (voir texte précédent de Mariens Borcy). Quatre des réseaux, parmi les 95 organisés en France et connus aussi sous le nom de réseaux Buckmaster du nom du chef de section F, française, ont intéressé le grand Sud Ouest: PRUNUS (ou EUGÈNE) créé dès avril 1942 centré sur Toulouse et jusqu’à la Dordogne et le Lot et Garonne nord est, WHEELWRIGHT ou HILAIRE plus vaste de la Dordogne sud aux Pyrénées,  dont le QG était à Castelnau sur Auvignon, près de Condom dans le Gers et 2 réseaux successifs pour la Gironde et la côte Atlantique, SCIENTIST, dès juillet 1942 et ACTOR en, 1944. La plupart étaient commandés par des officiers britanniques, cependant récemment mobilisés ou engagés.

Les 3 résistants Duraquois fusillés ont essentiellement participé à des parachutages d’armes et d’explosifs. Ils ont aidé à la formation des comités de réception avec d’autres résistants : En particulier des communistes et des jeunes échappés des chantiers de jeunesse ou réfractaires des STO, la plupart regroupés dans un maquis clandestin qui constituera en 1944 le bataillon de Duras. Ce bataillon est né en 1942 à l’initiative de René Duprat de Cazaugitat en Gironde, qui  préparait les terrains en forêt, réceptionnait les parachutages, en transportait les containers avec des charrettes, le camion de Jean Brisseau, boucher-expéditeur ainsi que celui de Jean Dufour de St Jean de Duras. Ceci pour prévoir les caches d’armes, connues des seuls responsables et du chauffeur du camion. 

François Laguerre, chef de gare, était le chef de secteur de Duras du SOE, et a organisé d’éventuels transports par chemin de fer. Il semble ne pas avoir appartenu à un mouvement de résistance, comme mon père d’ailleurs. Maurice Dubois était communiste. Le contact avec le SOE s’est fait dès 1942 par Christophe (Louis Lévy, réfugié d’Alsace à Vicq Fezensac) qui était l’agent de liaison de Philippe de Gunzbourg du réseau Prunus. Mais également par les contacts de Maurice Dubois avec la loge de Monségur dont plusieurs membres sont également enregistrés dès 1942 sur les listes établies pour ce réseau après la libération, enfin par un contact de François Laguerre à St Vivien de Monségur.

Le premier parachutage a eu lieu dans les bois de Navarre au lieu dit de Fontbouet chez Lenoir, dit-on aussi (message radio: « le maquereau est un poisson de mer »). Il concernait la réception d’explosifs destinés à traiter les poudreries de Bergerac et de Toulouse et fut organisé par le SOE pour le compte de Prunus sous l’autorité de Philippe de Gunzbourg (alias Philibert) responsable de tout le secteur de la vallée du Dropt et en liaison avec le mouvement de résistance Combat, dont le responsable local était Albert Cambon à Marmande qui deviendra le chef de l’armée secrète Gaulliste. Si la poudrerie de Bergerac connut plusieurs sabotages, l’action sur Toulouse échoua. Les explosifs parvinrent à Marcel Petit, directeur de l’école vétérinaire, mais l’infiltration d’un agent Allemand dans l’usine permis l’arrestation d’une vingtaine de personnes le 12 avril 1943, au 22 rue des Pyrénées, dont le chef de réseau, le jeune lieutenant Maurice Pertchuk (Eugène) puis en un autre lieu, son radio Markus Bloom qui furent déportés et tués en Allemagne. Ce fut la fin tragique du réseau Prunus à laquelle Philippe de Gunzbourg absent de Toulouse, échappa, rejoignant Wheelwright et son chef, le lieutenant colonel Georges R Statt.

Les autres parachutages eurent lieu dans les bois du Duc, à Bonin, plus accessibles, au Cap de l’homme à Lévignac et à la Ragotte où eu lieu le 17 décembre 1943 une tragédie relatée ici-même par une survivante, Mme Yvette Ossard. Précisons qu’il n’y avait pas d’adhésion au SOE et qu’il est vraisemblable que seul François Laguerre ait connu son existence, car il a pu rencontrer en tant que chef de secteur, Philippe de Gunzbourg. Par contre, tous écoutaient la radio anglaise car c’était indispensable, bien qu’interdit, pour connaître, dans « les messages personnels » le nom de code et l’heure du parachutage à venir.

Maurice Dubois et Jean Brisseau ont été arrêtés le 9 février 1944 chez eux, à Duras. Le premier, qui avait échappé à plusieurs alertes, a essayé de sauter par la fenêtre de sa maison du carrefour des routes de Marmande et de Monségur, et blessé dans sa chute et par des coups de feu, fut rattrapé au boulevard nord. Jean Brisseau fut arrêté à midi, en rentrant de son travail, devant chez lui, alors que les Allemands occupaient sa maison et nous menaçaient, ma mère, mon frère de 9 mois et moi avec leurs armes, leurs chiens, leurs vociférations, mon frère aîné âgé de 10 ans, ayant assisté à l’arrestation depuis une maison voisine devant laquelle il avait joué. Des voitures avec des civils dont certains étaient masqués, accompagnaient les camions allemands. Plusieurs enfants de l’école en face de la maison, empêchés de sortir par leur maître après les échanges de coup de feu et l’arrivée des camions m’ont raconté la scène, que l’on peut lire dans le livre de René Blanc « La résistance à Duras ». 

Francois Laguerre sera arrêté le 25 février, à la gare, ayant refusé d’interrompre son travail et de prendre la clandestinité au maquis. En mars Pierre Georges Baritaud à Lévignac et d’autres résistants à Cours et Taillecavat en mai, reçurent des visites de la milice ou des allemands, mais purent s’échapper. On sait de façon certaine, au delà d’autres rumeurs concernant des miliciens y compris dans ma famille, que nos patriotes ont été dénoncés par un père et son fils qui s’étaient introduits dans le maquis de Bonin pour échapper au STO et qui ont été abattus par les résistants peu après. Concernant mon père, il y avait aussi avec eux une histoire de jalousie de travail à l’abattoir et même un problème de furet, que nous avions abattu dans notre poulailler peu avant.

Tous ont été emmenés à Agen puis à la prison Saint Michel de Toulouse, ma mère n’ayant pas su pendant longtemps s’il était à Toulouse ou à la prison du Hä de Bordeaux. Nous ne savons rien de la détention car les archives de la section allemande où ils se trouvaient ont été détruites dans le convoi les emmenant vers l’Allemagne en juillet 1944. On sait par les lettres à leurs familles et en particulier celle très précise de François Laguerre à son père (AD de Toulouse dossier Philippe de Gunzbourg), qu’à la suite d’un attentat à l’explosif près de Purpan, contre un tram portant des officiers allemands, le 1er avril 1944 (attentat commis en fait par la brigade MOI Marcel Langer de Toulouse) et alors que Toulouse venait de recevoir son premier bombardement allié, ils ont été désignés (au sort?) comme otages. Jugés coupables par un tribunal allemand très expéditif, le matin du 8 avril, puis ont été fusillés dans un groupe de 8 à 10 personnes vers 17 heures dans la cour de la prison, et enfouis le soir même dans la fosse commune de Bordelongue. Ils étaient jeunes: 30 et 32 ans. Les corps n’ont été retrouvés qu’après la libération, reconnus par les familles le 11 novembre. 

Jean et Maurice n’ont été enterrés à Duras que le 16 septembre et François Laguerre à Toulouse. Ont subi le même sort le 8 avril, Roger Lévy de Ste Bazeille arrêté le 9 mars 1944 et Jean Roger Blancheton de Neuffons en Gironde arrêté en novembre 1943, tous membres du réseau SOE, le second étant le père de Claude Blancheton, venu habiter à Duras à la suite de son mariage, viticulteur comme son père et ex conseiller municipal.

On doit ajouter que le SOE, par la formation de corps francs après le débarquement, et la concentration d’armes des parachutages,( certaines distribuées aussi à des groupes FTP), a grandement contribué à la libération de notre pays, en freinant dans le Sud Ouest en particulier, après le 6 juin, le repli des troupes allemandes du Sud vers la Normandie, puis par les combats et sabotages dans les rangs des FFI sous les ordres du général Koning..

Jeanine Brisseau-Loaiza

Professeur

Université de Pau

PS: Figure également parmi les martyres de Bordelongue, Jacques Sauvegrain, polytehnicien, résistant, chevalier de la Légion d’Honneur, fusillé en novembre 1943, enterré à Soumensac (canton de Duras).

De gauche à droite: Jean Brisseau (1910-1944), Maurice Dubois (1912-1944)

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.

%d blogueurs aiment cette page :